LA GOÉLETTE* PERD SES VOILES
C'était un magnifique trois mâts mis à flots en 1987. Il n'avait rien de l'arrogance des caravelles de l'ambitieux et sanguinaire Don Cristobal Colomb. Rien de l'indécence de la Paloma de Vincent Bolloré et de ses passagers bling-bling. Non.
C'était simplement une humble goélette qui déployait à l'automne ses grandes voiles gonflées de chansons.
Amarrée depuis 2003 au port de Choisy, elle envoyait sa flottille faire de multiples escales en Val-de-Marne. Léo Ferré, Pierre Perret, Claude Nougaro, HF Thiefaine, Les Wampas, Alain Bashung, Arno, La Grande Sophie, Zebda, Les Rita Mitsouko, Lofofora, Les Ogres de Barback... et des centaines d'autres ont fait monter l'émotion au sommet du mât de misaine. Des milliers de jeunes ont embarqué tous les ans, séduits par la diversité des propositions et par cet air frais d'indépendance. Aujourd'hui souffle à tribord le vent mauvais d'un ultra-libéralisme destructeur.
Il contraint notre capitainerie, qui porte l'initiative, à réduire considérablement les espaces de navigation et à modifier ainsi la structure même de l'embarcation.
Les voiles ne seront plus hissées.
Ces nouveaux horizons de traversée nous conduisent à nous mobiliser encore plus pour conserver notre singularité, perpétuer notre état d'esprit, exister dans un univers devenant hostile. De port en port nous continuerons à présenter sur scène marins confirmés, aspirants et mousses.
Nous accompagnerons toujours nos fidèles moussaillons. Nous embarquerons pour une nouvelle Jimi qui mouillera à Champigny. Nous rendrons hommage à Jean Ferrat, emblématique capitaine au long cours, figure de proue de la première flotte. Nous créerons pour exister.
Alors oui, cette sérieuse réduction de voilure a fait naître de la tristesse et de la colère.
Mais le bateau reste toujours à flots, et l'équipage bien présent. Il persistera à le faire avancer, en sachant que la moindre fissure supplémentaire le coulerait inexorablement.
Même s'il faut sortir les rames de temps en temps, pour que la chanson ne reste jamais à quai...
Jean-Claude BarensCapitaine de vaisseau * Nom donné affectueusement par Claude Nougaro au grand chapiteau du Festi'Val-de-Marne -1994
UNE 24ème ÉDITION RUGISSANTE !
Au plus fort de la crise qui depuis plusieurs mois provoque de vives inquiétudes du monde de l'art et de la culture en regard de la réforme des collectivités territoriales entreprise par le gouvernement, j'avais pris l'initiative de m'adresser solennellement à Monsieur Frédéric Mitterand, Ministre de la Culture pour l'alerter des menaces pesant sur le devenir même de notre politique culturelle.
Au-delà de la suppression de la clause générale des compétences qui interdirait aux départements d'intervenir dans le champ culturel, disposition sur laquelle semble pour l'instant être revenu le Président de la République, j'avais attiré son attention sur les charges s'élevant à près de 500 millions d'euros que devait supporter le département en raison des compétences de l'Etat transférées à notre collectivité sans compensation financière suffisante.
Soulignant les efforts que nous avions dû réaliser pour sauvegarder les fondements mêmes de notre politique culturelle, je lui avais fait part, entre autres désengagements de l'Etat, de l'absence persistante depuis plusieurs années de toute subvention au Festi'Val-de-Marne, pourtant reconnu au niveau national pour ses actions en faveur de la création dans le domaine de la chanson.
Malgré la notoriété de cette grande manifestation du spectacle vivant, tous les publics qui lui sont fidèles doivent savoir que cet événement phare du Val-de-Marne qui jusqu'à ce jour a compté en moyenne 30.000 spectateurs par édition, reste le seul festival d'initiative départementale ne recevant aucun subside de l'Etat.
À l’heure de cet édito, je regrette profondément de n'avoir reçu aucune réponse du Ministre à mon courrier car l'annonce d'un soutien de l'Etat apporté à ce rendez-vous, qu'à l'instar de son public, j'attends chaque année avec impatience, aurait permis d'accompagner nos efforts.
Je suis cependant persuadé que l’esprit et la qualité de ce festival ne souffriront aucunement de ce contexte.
Que ce soit en matière de direction artistique ou de gestion, le travail accompli par Jean-Claude Barens, son directeur, reste en effet exemplaire et si je partage ses inquiétudes, je sais aussi que contre vents et marées, ce vaillant capitaine de vaisseau entouré de son équipage, nous offrira de nouveau, grâce à son talent, à son imagination, et à son inlassable soif de découvertes, une programmation qui n'aura rien à envier aux précédentes.
Des tarifs accessibles seront maintenus et je me réjouis du renouvellement de la « JIMI », si importante pour la préservation d'une création indépendante.
La formule Dimanchôgamins continuera de faire le bonheur des petits - et des grands ! et les premières parties et premiers pas conserveront plus que jamais l'identité de ce festival.
L'émotion sera également au rendez-vous avec cette immense figure de la chanson française qu'est Jean Ferrat. Qu'il me soit permis de parler de lui au présent tant le talent et l'humanisme de cet artiste engagé continuent de m'habiter, comme c'est le cas pour nombre de nos concitoyens. Au travers de la très belle exposition « Jean des Encres, Jean des Sources » et des interventions qui l’accompagneront, nous rendrons hommage à celui qui fut aussi compagnon de route du Festival.
Nul doute que cette nouvelle édition sera de nouveau un succès, alors beau voyage à tous à bord du Festi'Val-de-Marne !
Christian FavierPrésident du Conseil général du Val-de-Marne
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